Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Israel : Elections : et si c’étaient les Arabes israéliens qui avaient gagné (...)

Israel : Elections : et si c’étaient les Arabes israéliens qui avaient gagné ?

vendredi 20 mars 2015, par siawi3

Source : http://www.cclj.be/article/2/6511

Mercredi 18 mars 2015
Ouri Wesol

Photo : http://www.cclj.be/sites/default/files/imagecache/article/4595939_3_10a2_ayman-odeh-le-chef-de-file-de-la-liste-arabe_66179ad9317c075d9fdab325cb21f4cd.jpg
Ayman Odeh, chef de la Liste Arabe Unie

L’actuel 1er Ministre se succèdera donc à lui-même. Pour le meilleur et sans doute le pire. Mais cette réussite ne devrait pas cacher l’excellent score de la Liste Arabe Unie. Un succès symbolique à bien des égards
Voilà, les Israéliens ont choisi : B. Netanyahou a gagné. Il a obtenu la légitimité démocratique qui lui permettra de continuer à mener les Israéliens (et, dans une moindre mesure, la Diaspora) sur le chemin du malheur.

C’est une catastrophe, ce n’est pas une surprise. Tous ceux qui suivent la politique israélienne savent que les instituts de sondage du pays se trompent à chaque élection. En 2009, par exemple, ils créditaient Kadima de 23 sièges, il en a obtenu 28.
En 2013, ils estimaient que Yesh Atid aurait 12 députés, il en a eu 19. Et cette fois, ils n’ont pas anticipé le bond du Likoud à 30 sièges et pas davantage sa domination sur l’Union sioniste (24 députés)*.

Ceci étant, ils ont correctement estimé le résultat de la Liste Arabe Unie qui, avec ses 14 sièges, devient la 3ème formation de la Knesset. Ce succès inédit a été causée par le relèvement du seuil électoral** voulu par… l’ultra nationaliste Avigdor Lieberman.

Or, mine de rien, c’est peut être le résultat le plus interpellant de cette élection : d’abord, parce que les Arabes israéliens ont décidé –certes, non sans arrière-pensées- de jouer à fond le jeu démocratique.

Ensuite, parce qu’ils sont parvenus à former une coalition regroupant toutes leurs tendances, des islamistes aux communistes. Instable et de circonstance, cette union ne durera sans doute pas mais, en attendant, quelle leçon d’intelligence politique pour les dirigeants palestiniens et arabes !

Enfin et surtout, ce succès préfigure ce qui risque de se produire lorsque B. Netanyahou, à force de coloniser la Cisjordanie, sera parvenu à créer l’Etat binational du Grand Israël. Celui-ci comptera alors non plus 20% d’Arabes comme aujourd’hui mais, au minimum, 45%...

Mais, comme on le sait, B. Netanyahou ne se préoccupe que de l’avenir proche, surtout le sien. Lequel est pour l’heure, du genre radieux. Il va très probablement être désigné par le président Rivlin comme « formateur » du prochain gouvernement ***
Mais, contrairement au vœu de ce dernier, il ne se dirigera pas vers une union nationale avec le centre gauche. B. Netanyahou suivra sa pente en s’alliant avec les partis d’extrême-droite, les partis ultra-orthodoxes et sans doute le nouveau parti de centre droit Koulanou.

La marche vers l’abime

Pour faire quoi ? Comme avant, bien entendu : pourquoi changer des politiques qui gagnent (les élections) ? Tout au plus, au niveau économique, jettera-t-il quelques os supplémentaires dans l’écuelle des classes moyennes et un peu plus de restes dans celle des plus démunis.

En politique extérieure, le nouveau 1er Ministre poursuivra avec plus ou moins de discrétion la colonisation des territoires occupés de Cisjordanie. Il se livrera aussi à quelques gesticulations pour faire croire qu’il entend reprendre les négociations avec les Palestiniens.

Sauf qu’il n’y a plus quoi négocier : voici quelques jours, B. Netanyahou a jeté le masque : il n’est plus question (l’a-t-il jamais été dans son esprit ?) de restituer quelque territoire que ce soit aux Palestiniens. Partant, plus d’Etat pour eux et donc plus de paix possible.

Il condamne donc Israël à de nouvelles vagues d’attentats suivies d’autres opérations punitives à Gaza ou au sud Liban, voire en Syrie en un cycle sans fin de sang et de haine. Tout cela accroîtra ipso facto l’isolement international du pays.

Le principal partenaire économique de l’Etat juif, l’Union Européenne continuera à s’éloigner de lui. Il bénéficiera aussi de moins en moins du soutien de son indispensable –et unique- allié stratégique, les Etats-Unis.

Pire, comme dit au début de cet article, la stratégie de B. Netanyahou et ses alliés mène inéluctablement à un Etat binational comprenant une puissante minorité arabe anti-israélienne. Vis à vis d’elle, il n’y aura alors que trois possibilités envisageables :

Lui accorder le droit de vote et cesser à terme d’être un Etat juif. Leur refuser ce droit et se transformer en un Etat d’apartheid. Expulser les Palestiniens vers les pays voisins et devenir un Etat paria.
Les Israéliens qui ont choisi librement de donner à B. Netanyahou la légitimité pour les emmener vers ces abîmes ont-ils eu conscience de tout cela ? On espère que non. Car cela voudrait dire que tout espoir n’est pas perdu pour notre Etat juif.

* La XXe Knesset : 25 listes se présentaient aux suffrages de 5,88 millions d’électeurs.
Les résultats (quasi) définitifs donnent : Likoud : 30 députés. Union sioniste : 24. Liste arabes unie : 14. Yesh Atid : 11. Koulanou : 10. Maison Juive : 8. Shass : 7, Judaïsme de la Torah : 7. Israel Beitenou : 6. Meretz : 4.

**Le Comité législatif de la Knesset a haussé le seuil électoral de 2 à 3.25% (environ 120.000 voix) soit au moins trois députés. Cela dans le but d’aider à la constitution d’une majorité stable. Le résultat est mitigé : cette Knesset compte 10 partis contre 12 dans la précédente

***Le président Reuven Rivlin a sept jours pour choisir à quel député confier la formation d’un gouvernement. Celui-ci, B. Netanyahou, sans doute, dispose de 28 jours pour constituer sa coalition. S’il le faut, il peut obtenir du président 14 jours de plus
Si d’aventure B. Netanyahou échouait, R. Rivlin s’adresserait à un autre député (I. Herzog), probablement qui n’aurait que 28 jours en tout pour réussir. S’il n’y parvenait pas non plus, le Président en choisira un troisième (?) qui n’aurait, lui que 14 jours. Après quoi, il y aurait de nouvelles élections.