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La formulation de l’apartheid du genre : Amnistie International et la prostitution

vendredi 16 octobre 2015, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : www.twitter.com/CATWIntl

Taina Bien-Aime,
directrice exécutive de la Coalition contre le trafic des femmes (CATW)

13-10-2015

2015-10-11

Vous pouvez me dévaluer dans l’histoire
Avec vos mensonges amers et tordus
Vous pouvez m’enfoncer dans la crasse,
Mais encore, comme la crasse, je me lèverai…

Maya Angelou

Qu’arriverait-il si chaque pays décriminalisait la prostitution ? Pas simplement les quelques pays qui désastreusement l’ont déjàfait, mais quoi si chaque gouvernement légitimait les maquereaux et les propriétaires de bordels et s’abstenait de rendre les hommes responsables d’acheter des êtres humains pour le sexe ? Les Nations Unies et ses membres lanceraient-il un Agenda 2050 pour Investir dans le Commerce du sexe comme une solution et un développement viable pour les femmes et les Filles, spécialement les plus indigentes ?

Quels slogans de marketing s’ensuivraient ? Des agences publiques pourraient-elles lancer des campagnes d’allégements de la pauvreté ? « Les premières nations, les populations indigènes, aborigènes, afro-américaines et du Sud global : Etes-vous pauvre jeune, incestée, transgenres, sans abri ? Avec notre aide, le commerce sexuel vous fournira un abri, de la nourriture, des préservatifs gratuits et l’opportunité de contribuer au Produit National Brut de votre pays (ou d’un pays étranger). Aucune expérience ou éducation requises.  »

Ceci ne sont pas des colles pour le prochain roman de Margaret Atwood, mais un concept avancé par Amnistie International, une des organisations de droits humains la plus proéminente et respectée au monde. Après un débat litigieux àla rencontre de son Conseil international àDublin au mois d’aoà»t, les délégués d’Amnistie ont passé une résolution pour la décriminalisation totale du commerce sexuel, y compris les maquereaux, les propriétaires de bordels et les acheteurs de sexe, comme un moyen de protéger les individus prostitués. Le Conseil d’administration d’Amnistie va bientôt examiner et probablement adopter un cadre politique qui ferait du commerce sexuel un employeur acceptable et désirable.

Bien qu’un certains nombre de sections de pays d’Amnistie, y compris celles de France, d’Israë l et de Suède, se soient opposé àla décision, sa démarche obstinée pour exhorter les gouvernements àadopter ce qui est effectivement une légalisation de la prostitution semble impossible àstopper. Avec un dédain inexplicable, la direction d’Amnistie a ignoré les milliers de voix des mouvements globaux de femmes de la base, des survivantes de la prostitution, des intellectuelles (scholars) et chercheuses, des dirigeants lesbiens et gays et d’autres incluant un ancien Président US et les héritiers de Martin Luther King, Jr.

Au lieu de cela, Amnistie semble être influencé davantage par les chants incessants d’une formidable culture pro-maquereau et ce que la journaliste Meghan Murphy appelle le « Le féminisme Playboy,  » que par le respect de la Déclaration universelle des droits humains. Amnistie a accueilli des maquereaux condamnés pour élaborer la politique et d’autres liés au commerce sexuel pour les défendre sur le circuit médiatique.

Les femmes ont sans équivoque le droit de prendre des décisions au sujet de leur santé, leur corps, leur sexualité et leur vie reproductive. Les hommes, de leur côté, n’ont pas le droit fondamental d’obtenir l’accès àce corps dans le commerce sexuel ou n’importe quelle autre sphère, malgré le principe d’Amnistie du contraire. Amnistie refuse d’admettre que la prostituée souffre aux mains de ses acheteurs indépendamment de l’environnement légal, ignorant délibérément les propres versions des « Jules  » de leur prédilection pour la déshumanisation et la recherche montrant leur propension pour la violence sexuelle. Comme le déclare l’indigène canadienne survivante Bridget Perrier : « Ce ne sont pas les lois qui tuent nos femmes ; ce sont les hommes.  »

Des exemples de formulations d’égalité de genre concernant la prostitution sont au bout du doigt d’Amnistie dans des pays comme la Suède et la Norvège, mais elle préfère de les écarter en faveur de « les bordel-sont –des-modèles- de business  » avec une évidence de vie désastreuse de ceux-ci en Nouvelle Zélande, aux Pays-Bas et en Allemagne.

« Nous devons érotiser l’égalité. La prostitution consiste àacheter un corps, pas le plaisir mutuel et un choix libre,  » dit Gloria Steinem dont les arguments àAmnistie sont aussi restés sans réponse. « La manière la plus réussie pour aborder cette inégalité dangereuse est ni la criminalisation ou la légalisation, mais « la troisième voie  » ; décriminaliser la prostituée tout en lui offrant des stratégies significatives de sortie, et tenir les acheteurs pour responsables.  »

Le manque de compréhension de l’indivisibilité des droits humains des femmes et des filles n’est pas nouveau chez Amnistie. Depuis le refus de s’élever, dans les années 1990, contre les pratiques nuisibles traditionnelles, comme la mutilation génitale féminine, jusqu’àtraîner les pieds pour inclure les droits reproductifs dans son mandat,Amnistie a préféré s’aligner avec d’innombrables gouvernements en caractérisant ces violations comme mandatés par la culture ou la religion.

Pensez àceci : plus de trois millions de femmes et de filles sont vendues àdes hommes quotidiennement dans des méga-bordels en Inde. Avec le plan d’Amnistie, ce nombre augmenterait exponentiellement avec l’exigence légalisée et l’acceptation culturelle de la prostitution comme une source de revenu viable pour des filles et des jeunes femmes pauvres, de basse caste et invisibles. Un vote pour adhérer au commerce sexuel global effacerait tout progrès pour augmenter les droits des femmes qu’Amnistie pourrait avoir fait dans les années passées.

L’expression africaine apartheid signifie « Ã part et de côté  » et évoque un des régimes le plus brutal dans l’histoire moderne. En encourageant les gouvernements àentériner le commerce sexuel comme simplement un autre employeur potentiel, Amnistie promeut l’apartheid de genre, la ségrégation de femmes entre celles qui méritent l’accès aux opportunités économiques et éducatives et celles qui sont condamnées àla prostitution. Ne vous y trompez pas : aussi longtemps que des femmes sont àvendre, aucune femme ne sera considérée comme une égale dans les chambres de conseils d’administration d’entreprises, dans les couloirs de la législature, ou àla maison.

Les forces qui soutiennent la vision déficiente d’Amnistie pour les femmes et les filles sont puissantes et la narration est familière. Beaucoup d’entre nous qui avons signé cette Déclaration globale (Global Declaration) sont des filles de tribus perdues, qui au sein de leur mère entendaient murmurer des récits de résistance et de survie au milieu d’envahisseurs, d’un génocide et de langues oubliés. Les rythmes de la colonisation ne changent pas ; ils traversent les corps des femmes dont l’accès est acquis par tous les moyens nécessaires, y compris la violence, le contrôle et l’argent.

Le pouvoir peut avoir parlé mais pas la justice. Pour chaque Goliath, il y a un David ; pour chaque Dred Scott, il y a un mouvement qui s’éveille. Des batailles peuvent être perdues, mais l’esprit rebelle survit au nom de nos aïeules et de leurs petites-petites-filles encore ànaître. Il n’est pas trop tard pour Amnistie International. Une organisation de droits humains visionnaire élabore sa mission sur ce qu’on aimerait que le monde soit, pas pour s’adapter àla souffrance énorme qui existe. Mais jusqu’àce qu’Amnistie rectifie cette faute, sa légitimité est ternie ; son âme est perdue ; sa chandelle est éteinte.