Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Home > fundamentalism / shrinking secular space > Controverse AI/Gita Sahgal : Les différences philosophiques sous-jacentes

Controverse AI/Gita Sahgal : Les différences philosophiques sous-jacentes

Friday 19 March 2010, by siawi2

Source: Le blog de Meredith Tax

Dimanche 21 février 2010

Une des raisons pour laquelle la controverse Gita Sahgal-Amnestie Internationale a embarrassé tant de monde est que les différences philosophiques sous-jacentes ont été exprimées dans le langage technique des droits humains. Ces différences philosophiques existent dans le mouvement progressiste comme dans la communauté des droits humains et elles remontent de loin.

La question fondamentale se situe dans la centralité du féminisme pour le changement social. Par féminisme, je veux dire le soutien de l’égalité de traitement des femmes mais aussi un scepticisme radical et un regard nouveau sur des questions politiques comme la guerre, le pouvoir, l’économie, le travail, le nationalisme et l’environnement. Les féministes mettent en question toute analyse basée sur l’hypothèse que l’expérience des hommes est la règle et que l’expérience des femmes est l’exception à la règle.

Nous avons développé une approche différente ces 40 dernières années, d’abord dans nos pays respectifs et, plus récemment, globalement. Notre pensée a maintenant atteint une considérable sophistication. Nous voyons que les questions qui impliquent le genre sous-tendent toutes les autres questions politiques. Nous savons, par exemple, que des états-nations construits sur la base de l’identité masculine auront tendance à assumer que la guerre est un moyen naturel et inévitable pour résoudre des différences, et que cette hypothèse ne changera pas tant qu’un grand nombre de femmes ne pourra présenter un point de vue différent à la table de négociation.

Nous savons aussi qu’une vision des questions de droits humains uniquement basée sur ce qui arrive aux hommes ne couvrira pas un tas de choses qui arrivent aux femmes. En temps de guerre, au travail, et quand nous essayons d’exprimer nos opinions, les femmes sont l’objet de formes spéciales d’attaques et d’humiliations ; nous restons responsables d’obligations familiales complexes et subissons des barrières à la libre expression que ne connaissent pas les hommes.

C’est pourquoi il est nécessaire d’intégrer l’expérience et les besoins des femmes dans l’analyse de toute autre question sociale et politique. Toute stratégie de réforme et de transformation sociales doit commencer par prendre en compte ces savoirs marginalisés.

Bien des progressistes et des militants des droits humains n’ont pas saisi cette nouvelle vision radicale de notre lutte commune pour la justice sociale. Ils voient encore toujours les intérêts des femmes comme sectoriels – en termes étatsuniens, ils voient les femmes comme une bande- couleur d’un arc-en-ciel composé de différents groupes d’intérêt : afro-américains, Latino/as, Asiatico-américains, indigènes américains, queers, travailleurs, paysans, prisonniers, immigrants etc. De plus, ils voient souvent le monde en terme d’un seul ennemi monolithique – l’impérialisme US – qui écrase partout les petits. Leur stratégie est d’unir toutes les rayures de l’arc-en-ciel contre l’ennemi principal.

Pour les féministes cette vision du monde semble simpliste. D’abord, les rayures dans l’arc-en-ciel sont très différentes et ont des rapports structurels différents entre eux. Et en plus, les petites gens ont plus d’un ennemi. L’impérialisme US est responsable d’un tas de choses qui vont mal dans le monde mais pas de tout. Et certaines des personnes qui s’y opposent sont elles-mêmes inacceptablement autoritaires et régressives.

Dans les années 90, quand le mouvement global des femmes a vu son influence croître, notre manière de voir a eu un impact sur d’autres mouvements de la société civile et de grosses organisations de droits humains, comme Amnistie internationale, se sont dotées de sections de genre. Mais comme dans les comités de femmes des vieux partis communistes et socialistes, celles-ci n’arrivent pas toujours à faire entendre leur voix.

Amnistie est une énorme organisation avec 2,2 millions de membres et un personnel professionnel de 500 membres, représentant chacun des programmes et des points de vue différents, essayant chacun de donner forme aux priorités de l’organisation. Les militants qui voient dans l’impérialisme US un si grand ennemi qu’il éclipse toutes les autres considérations préfèrent voir dans les gens que les US ont violentés, de pures victimes. Pour le moment, ils ne semblent pas ouverts à questionner l’alliance proche avec les Prisonniers en Cage, même si les Prisonniers en Cage soutiennent clairement une forme d’Islam politisée qui est très régressive en ce qui concerne les droits d’autres personnes. Au lieu de repenser ces questions, Amnistie semble avoir décidé de se serrer les coudes et de donner des réponses légalistes – « rien n’a été prouvé, c’est de la culpabilité par association, nous devons défendre tous les prisonniers » - ce genre de chose.

Mais, bien qu’ils ne le disent pas, cette position doit être issue d’une vision du monde qui n’a jamais saisi la profondeur de l’analyse féministe mais voit les femmes comme un groupe d’intérêt parmi beaucoup d’autre. Si les femmes constituent simplement un autre groupe d’intérêt, pourquoi nos opinions auraient-elles de l’importance en rapport avec des prisonniers qui ont été torturés par l’impérialisme US ?

Mais les femmes ne sont pas simplement un autre groupe d’intérêt. Nous sommes la moitié de la population mondiale et nos problèmes surgissent dans toutes les autres questions et secteurs. Ces 20 dernières années, les féministes ont souligné le danger du fondamentalisme parce qu’elles ont vécu ces dangers plus fortement que beaucoup de leurs frères dans le mouvement occidental des droits humains. Nous avons aussi subi les souffrances causées par l’impérialisme ; le mouvement féministe global a été extrêmement critique en ce qui concerne la globalisation et la guerre contre la terreur. Mais nous voyons que le monde est un endroit complexe et que la liberté à plus qu’un seul ennemi.

La lutte entre les deux philosophies décrites ici sera très longue, car les suppositions culturelles sur la valeur comparative des hommes et des femmes sont lentes à changer. Raison de plus pour exposer les différences sous-jacentes – car si les esprits ne sont pas clairs, la pratique sera obligatoirement confuse.