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Dans les prisons de Mauritanie, « â€‰presque six ans sans bouger  »

« â€‰c’est le procès Dreyfus version mauritanienne  »

mardi 1er octobre 2019, par siawi3

Source : La Croix, 1er octobre 2019

Dans les prisons de Mauritanie, « â€‰presque six ans sans bouger  »

Marie Verdier

Mohamed Cheikh Mkheïtir vient de passer près de six années dans les geôles mauritaniennes, dans des conditions inhumaines, après avoir été condamné àmort pour apostasie en 2014. Dans un texte publié àl’époque sur Facebook, le jeune homme avait osé dénoncer les atteintes aux libertés et le système de castes qui subsiste dans son pays. Exfiltré vers la France àla fin du mois de juillet, il a trouvé refuge près de Bordeaux où, même si la peur ne l’a pas quitté, il a accordé ૠ La Croix  » son premier entretien.

Oui, il dort bien. Non, il ne fait pas de cauchemars toutes les nuits… Rencontrer Mohamed Cheikh Mkheïtir est une expérience unique. Ceux qui ont pu approcher cet homme de 36 ans depuis sa sortie de prison, le 29 juillet, sont médusés. Sa condamnation àmort en Mauritanie « â€‰pour apostasie  », en 2014, son incarcération pendant cinq ans et sept mois dans les geôles de son pays, ne l’ont pas détruit. Malgré les séquelles et le traumatisme, il en est ressorti. Aussi grave que déterminé, solide comme du granit, doux comme un agneau.

L’on se dit que, probablement, les atrocités subies attendent leur heure, prêtes àresurgir du tréfonds de son être telle la lave d’un volcan qui dort. On peine àle croire, on insiste. Mais il est formel  : les idées noires et le désespoir n’ont jamais envahi son cachot. Si ces années ont rongé, àpetit feu, son insouciance, grignoté son sourire, lui a toujours tenu la barre, cap sur l’avenir.

Son crime  ? Cheikh, aîné d’une fratrie de dix enfants issus de trois mariages successifs de son père, s’est rebellé contre l’ordre immuable. « â€‰Vers 17-18 ans, j’ai senti que mes idées divergeaient de la société, et je me suis construit intellectuellement. Mon père et ma sÅ“ur Aycha pensent comme moi, le principe de liberté individuelle a prévalu dans ma famille.  »

Devenu chef comptable de la société d’acconage et de manutention de Nouadhibou, la capitale économique du pays, et militant contre l’injustice sociale, il confie en décembre 2013 àFacebook le fruit de ses réflexions solitaires. Dans un texte, « â€‰La religion, la religiosité et les Maalmines  », repris sur plusieurs sites, il critique l’instrumentalisation de la religion pour justifier le racisme àl’encontre des castes méprisées et ostracisées des Maalmines (artisans), dont il est issu, et des Haratines, des affranchis, dans une Mauritanie qui n’a jamais vraiment tourné la page de l’esclavage.

« â€‰Il n’y a aucun mélange entre castes. Dans la rue, chacun sait si quelqu’un est beidane (caste des hommes libres, dirigeants, guerriers et marabouts, lire p. 4), maalmine ou haratine, dit-il aujourd’hui. Beaucoup de Maalmines et de Haratines ne vont pas àl’école. On crée partout des mosquées, alors qu’il existe encore des adouaba, des anciens camps d’esclaves restés des villages isolés de Haratines, et qui n’ont ni école ni centre de soins. On sort des fillettes de l’école pour les marier. Rien ne pourra changer si on n’améliore pas l’enseignement.  » Même indigné, Cheikh garde une totale maîtrise, économise ses gestes, domine sa voix.

Pour les oulémas, par essence beidanes, Cheikh a blasphémé et porté atteinte au Prophète. Il est immédiatement arrêté, incarcéré, invité àse repentir dans un délai de trois jours, sinon il sera condamné àmort en tant qu’apostat, quand bien même il n’a pas renié sa religion.

Mais de ses repentirs, alors, nul n’a cure. Emmuré dans son cachot, Cheikh ignore que la Mauritanie s’embrase, chauffée àblanc par les chefs religieux érigés en inquisiteurs de la foi, et par le général Mohamed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2008 avant d’être élu président. Lors de manifestations haineuses, des centaines de milliers de personnes réclament sa tête dans ce pays de quatre millions d’habitants.

Aujourd’hui, il y a quelque chose de douloureux dans la carcasse longiligne de ce grand jeune homme. Un pas lent, imperceptiblement claudiquant. Rencontré àun arrêt de tram d’une banlieue bordelaise – la peur ne l’a pas quitté, et pour sa sécurité il ne veut pas être localisé – Cheikh Mkheïtir recherche fébrilement sur son téléphone l’emplacement du restaurant où nous devons nous rendre, à800 mètres de là, et suggère incidemment un lieu àdeux pas d’une autre station.

C’est que, comprend-on par la suite, ses chevilles ankylosées et ses genoux rouillés peinent àle porter. Et son mal de dents tambourine dans sa tête. Cheikh fait des pauses, étudie chacun de ses déplacements pour économiser ses pas. Peu prolixe sur ce qu’il a enduré, il préfère le confier àson cahier – faute d’ordinateur – qu’il noircit, chaque jour, sur la minuscule table dans un recoin de sa chambre. Ce n’est que bien plus tard qu’il confie, d’une petite voix qui contraste avec son imposante stature, « â€‰presque six ans sans marcher, sans bouger, j’en ai perdu l’usage de mes pieds. Je n’ai vu la lumière du soleil que six fois  ».

« â€‰Il est psychologiquement très fort, il est toujours resté positif. J’étais ébahie  », se souvient Kiné-Fatim Diop, du bureau d’Amnesty International àDakar, au Sénégal, après avoir rendu visite au condamné àmort, en juin 2015, au bout de dix-huit mois d’incarcération.

Cheikh ne dit pas que son français est fluide, il l’a appris avec des livres d’écoliers, de grammaire et de conjugaison, et une volonté de fer, pendant ses derniers dix-huit mois de détention dans une caserne. « â€‰Il a une puissance intellectuelle. Il est extrêmement volontaire. En juin 2015, nous avions un traducteur, il ne parlait pas un mot de français  !  », s’exclame encore Kiné-Fatim Diop.

L’isolement, l’inaction, l’attente sont ses nouveaux fardeaux d’homme fraîchement libre, mais dont la liberté a un goà»t amer. Cheikh est impatient de parfaire plus encore son français, de reprendre le cours d’une vie longtemps interrompue.

S’il dit « â€‰merci àla France  » de l’avoir hébergé, il raconte les rudesses de l’accueil, pour quelqu’un qui sort tout juste des couloirs de la mort. « â€‰J’y ai trouvé beaucoup de difficultés  », explique-t-il, en dépit de l’effort des ONG qui se démènent. Pas de soins médicaux, pas de soutien psychologique, pas d’argent tant qu’il n’aura pas acquis son statut de demandeur d’asile.

Cheikh fait visiter son appartement, spacieux et chichement meublé, dans une coquette résidence cité-dortoir de banlieue, avec vue sur arbres mais plein de solitude. À peine deux mots difficilement échangés avec son colocataire érythréen, faute de langue commune. Et des voisins invisibles. De son balcon, il voit « â€‰le matin tout le monde partir travailler en voiture et rentrer le soir  ». Son visage sombre en dit long sur ces journées qu’il passe avec lui-même.

Cheikh montre, désappointé, le virement de 34 € mensuels qu’il a reçu de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Après un soutien d’Amnesty International et un financement de l’ONG américaine Freedom Now, pour soigner ses yeux restés loin de la lumière pendant près de six ans, des amis mauritaniens prennent la relève, àcoups de 20 ou 30 €, simplement pour qu’il puisse manger. Il s’en excuse  : « â€‰Je ne veux pas mendier, je suis prêt àtravailler. Comptable, c’est ce que je sais faire.  »

Lorsqu’il est jeté en prison, le 2 janvier 2014, Cheikh Mkheïtir a 30 ans. Il croit ૠ une affaire de quelques jours  ». Pendant ses sept premiers mois, il reste reclus dans une cellule nue. « â€‰Sans rien, sans rien du tout.  » Il marque un temps, puis précise  : « â€‰Sans lit. Sans toilettes. Sans point d’eau.  » Jamais il ne s’emporte. D’un ton neutre, il laisse remonter àla surface tout ce qui devait l’avilir  : « â€‰Une bouteille pour faire pipi, une vieille boîte de conserve pour mes besoins. Je ne me suis lavé que deux fois en sept mois. Je ne me suis jamais brossé les dents, jamais coupé les ongles et les cheveux. On me donnait àmanger par la lucarne de la porte. Je n’ai pas eu une seule visite. Je n’ai même pas prononcé “bonjour†une fois, les deux premiers mois.  » Mais il n’est devenu ni dément, ni suicidaire.

La pression des ONG internationales et l’insistance du représentant du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme en Mauritanie, d’abord l’Allemand Ekkehard Strauss, puis le Français Laurent Meillan, permettent àCheikh Mkheïtir d’obtenir des conditions de détention moins inhumaines, mais n’enrayent pas la machine de haine. Les intellectuels se taisent. Le doyen des avocats s’oppose àce qu’un mécréant soit défendu. Même la présidente de l’officielle Commission nationale des droits de l’homme demande la mise àmort de l’hérétique.

Le 23 décembre 2014, il est condamné àla peine capitale, en dépit d’un moratoire sur la peine de mort depuis 1987. « â€‰Ce n’était pas un procès mais un théâtre, avec des centaines de personnes qui poussaient des youyous et jetaient leurs chaussures. Je comprends àce moment-làque la condamnation àmort m’attend  », se souvient-il. Cheikh reste néanmoins « â€‰persuadé que le verdict sera annulé  ». Celui-ci est confirmé en appel, le 24 avril 2016, après vingt-huit mois de détention.

Sa famille est injuriée, menacée, persécutée, au premier chef sa mère et ses deux sÅ“urs, ses plus fidèles soutiens, qui pourront le visiter àpartir de 2015. « â€‰Je voudrais tant qu’elles puissent, elles aussi, quitter la Mauritanie  », glisse-t-il. Son père finira par perdre son emploi de préfet. Réfugié en France avec sa quatrième femme, il garde le silence sur cette tragédie familiale. « â€‰Il faisait partie des quelques †élus†maalmines et haratines auxquels l’État offre une bonne place pour faire croire àl’ouverture de la société.  » Jusqu’àce que le vent tourne.

« â€‰Mes amis ne sont plus les mêmes, poursuit-il. Beaucoup de personnes que je croyais proches se sont détournées.  » Cela forge un homme. « â€‰J’aurais du mal àexpliquer comment, mais on ne voit plus la vie de la même façon. Je sais en tout cas que je veux être libre.  »

Son mariage est déclaré caduc du fait de crime d’apostasie. Du jour où il est entré en prison, sa femme, qu’il avait épousée un an auparavant, est sortie de sa vie. Elle a été remariée. Était-elle consentante  ? « â€‰Je l’ignore. Je n’ai jamais eu de nouvelles, confie Mohamed Cheikh Mkheïtir. Si je le voulais, aujourd’hui, je pourrais la récupérer, les principes religieux sont toujours en faveur des hommes. Mais moi, je privilégie la morale. Elle ne m’a pas contacté après ma sortie de prison. Alors, je ne veux même pas savoir la vérité, cela ne changerait rien.  »

De ses réflexions sur Facebook, comme tant de jeunes en écrivent, il n’avait pu imaginer qu’elles poseraient problème. « â€‰Mais la Mauritanie pense comme au temps du Prophète au VIIe siècle, soupire-t-il. Les mêmes écrits par un Beidane auraient trouvé justification. D’ailleurs des Beidanes ont déjàtenu des propos plus graves que les miens. Mais moi je suis d’une basse caste. Les prisons sont pour les Maalmines. Ma condamnation est raciste. Certains l’ont compris, trop tard. Mais l’important, c’est qu’ils aient fini par le comprendre. Un jour la Mauritanie changera, et je reviendrai.  » Optimiste, toujours.

Pour Mohamed Moine, un de ses avocats, qui l’a ardemment défendu malgré les risques, l’affaire Cheikh Mkheïtir, « â€‰c’est le procès Dreyfus version mauritanienne  ». Un symbole d’iniquité dans une Mauritanie obscurantiste, de plus en plus salafisée et wahhabisée. Dès sa première condamnation, l’anthropologue Mariella Villasante Cervello soulignait àquel point « â€‰ce qui a le plus dérangé les élites religieuses et la quasi-totalité des Mauritaniens est que le jeune appartient àun groupe statutaire méprisé, qu’il ait cependant une bonne formation en islam et en arabe classique, et qu’il se soit permis, si l’on peut dire, de remettre en question un ordre social encore conçu comme inchangeable  », écrivait-elle alors (1).

Sous le pseudonyme de Francis Serra, un diplomate français estimait pour sa part, en 2018, que le régime mauritanien, « â€‰dans une sorte d’alliance avec un salafisme primitif, pense ainsi contrôler la société, protéger son pouvoir minoritaire et préserver ses prébendes étatiques  » (2). Ainsi, le mufti et ancien bras droit de Ben Laden Mahfoudh Ould Walid émet des fatwas et prône la charia dans sa grande mosquée de Nouakchott…

« â€‰La Mauritanie combat l’extrémisme militairement, mais elle le fabrique culturellement et l’abrite politiquement  », dénonce un proche, qui requiert aussi l’anonymat. « â€‰Nous vivons la talibanisation de la société. Et la barbarie – flagellation, amputation, peine de mort par lapidation – est toujours inscrite dans le code pénal  », ajoute le même interlocuteur.

La loi sur le blasphème et l’apostasie s’est même durcie le 28 avril 2018, punissant ces crimes d’une peine de mort obligatoire, sans possibilité de repentir. « â€‰90 % de la ville de Nouakchott est descendue dans la rue pour se faire justice. Nous avons répondu àla demande populaire  », avait alors plaidé le président Aziz, dans un entretien àl’hebdomadaire Jeune Afrique. Une réponse en forme de tour de vis, près de six mois après la clémence accordée àCheikh Mkheïtir. Le 9 novembre 2017, la cour d’appel de Nouadhibou avait en effet commué sa peine, requalifiée de « â€‰mécréance  », àdeux ans de prison.

Cheikh peut alors respirer. Les autorités confirmeront son placement en « â€‰détention administrative  » pour « â€‰assurer sa sécurité physique  » et pour des « â€‰raisons d’ordre public  ». Mais de liberté, il ne fut pas question. « â€‰Un colonel m’a embarqué vers un endroit inconnu, je comprendrai quelques mois plus tard qu’il s’agit d’une caserne militaire, et que je suis séquestré àla demande du président Aziz. Je n’ai pas craqué. Il fallait que je garde un bon état psychologique pour ne pas perdre de vue mon objectif. Combattre l’injustice sociale et l’esclavage en Mauritanie, c’est mon projet de vie.  » Il entend le reprendre làoù il l’avait laissé, six ans auparavant, « â€‰avec tout l’historique  » de son compte Facebook, fermé après l’avalanche de signalements pour compte indésirable, mais qu’il compte bien récupérer.

Lorsqu’il est enfin libéré, le 29 juillet 2019, puis exfiltré vers le Sénégal avant de gagner la France, la Mauritanie, cette fois, reste calme, nul ne s’étant chargé d’hystériser et d’instrumentaliser son cas. Les conditions du dénouement d’une si longue incarcération  ? Elles ne sont pas pleinement éclaircies. Il se dit que Mohamed Ould Ghazouani, le nouveau président mauritanien, bien qu’ancien chef d’état-major et compagnon de route du président Aziz, a vertement prié ce dernier de solder le dossier empoisonné du cas Mkheïtir avant sa prise de fonction. Celle-ci est intervenue le 1er aoà»t. Trois jours après la fin d’un calvaire de 2 031 jours.
Une société de castes

À cheval sur le monde arabe et l’Afrique noire, la société mauritanienne est fractionnée et hiérarchisée. Couleur de peau, langue et rôle social déterminent la place dans la société, presque sans aucune mixité entre les groupes. Les Beidanes, ou Maures blancs, constituent la caste noble des hommes libres comprenant les chefs, les guerriers, les marabouts, qui occupent plus largement les fonctions dirigeantes du pays. Les Maalmines – dont est issu Mohamed Cheikh Mkheïtir –, souvent qualifiés de caste des forgerons, et caste inférieure, regroupent les professions artisanales. Quant aux Haratines, ou Maures noirs, ils représentent les anciens esclaves ou affranchis. Enfin, parmi les minorités noires vivant pour la plupart dans le sud du pays, on recense essentiellement ceux parlant wolof, soninké ou puular. Dénonçant la mainmise des Beidanes sur toutes les hautes fonctions, l’ONG Touche pas àma nationalité, s’est ainsi insurgée, le 13 septembre, contre le fait que lors du dernier concours de recrutement d’élèves officiers de l’armée mauritanienne, les 47 nouvelles recrues étaient toutes beidanes. Des recrutements « â€‰racistes, qui viennent parachever l’épuration ethnique de l’armée  », selon l’ONG.

Le bilan déplorable des droits humains

Arrestations arbitraires, détenus d’opinion, torture, etc. Amnesty International, par deux fois refoulé du pays en novembre 2018 et mars 2019, qualifie de « â€‰déplorable  » le bilan en matière de droits humains en Mauritanie, pays de 4 millions d’habitants classé au 198e rang selon l’indice de développement humain de l’ONU, et au 94e rang pour la liberté de la presse. Un cas d’esclavage a encore été documenté début septembre. Mais, selon l’IRA, ONG agissant contre l’esclavage, la victime, une adolescente de 14 ans née de mère esclave, a fait l’objet d’intenses pressions pour retirer sa plainte. « â€‰La Mauritanie nie la réalité de l’esclavage, dénonce Kiné-Fatim Diop, d’Amnesty International. Elle n’en reconnaît que ses “séquelles†.  » « â€‰La langue arabe et la religion musulmane sont au service d’une idéologie d’exclusion. La Mauritanie pratique un racisme d’État  », ajoute l’avocat Mohamed Moine. Rien ne permet encore d’affirmer qu’une nouvelle ère s’ouvre avec le président Mohamed Ould Ghazouani, en fonction depuis aoà»t. Le 28 novembre fera figure de test. Chaque année, la commémoration des massacres de centaines de militaires des minorités noires, perpétrés entre 1989 et 1991, donne lieu a des arrestations parmi le collectif des orphelins et victimes. La loi de 1993 amnistiant ces crimes n’a jamais été abrogée.

[(Bio express

1983. Naissance àNouadhibou, la capitale économique de Mauritanie. Aîné d’une fratrie de dix enfants de trois mères différentes.

1987. Moratoire sur la peine de mort.

2009. Obtient un master d’économie.

2012. Mariage. Devient chef comptable d’une grande entreprise.

Décembre 2013. Publication sur Facebook de « â€‰La religion, la religiosité et les Maalmines  ».

2 janvier 2014. Accusé par les oulémas d’avoir blasphémé et porté atteinte au Prophète, il est incarcéré àla prison de Nouadhibou.

23 décembre 2014. Condamné àmort.

2015. Son père, préfet, perd son emploi. Il quittera la Mauritanie en février 2016 et trouvera refuge en France avec sa quatrième femme.

24 avril 2016. Peine de mort confirmée en appel.

9 novembre 2017. La Cour suprême annule la peine de mort et le condamne àdeux ans de prison « â€‰pour mécréance  ». Il est transféré dans une caserne où il est d’abord détenu au secret, puis y reste incarcéré.

27 avril 2018. La loi est durcie, le blasphème et l’apostasie sont punis d’une peine de mort obligatoire, sans possibilité de repentir.

2 mai 2018. Les autorités confirment son maintien en « â€‰détention administrative pour sa propre sécurité  ».

29 juillet 2019. Il est libéré et exfiltré vers le Sénégal.

3 aoà»t 2019. Arrive en France.)]

[(le mot
Apostasie

Du grec apostasis, « â€‰se tenir loin de  », l’apostasie désigne le reniement public de la foi. Le terme arabe est ridda ou irtidad, qui signifie « â€‰tourner le dos  », explique Emmanuel Pisani, directeur de l’Institut supérieur de théologie des religions (1). L’apostasie, précise-t-il, peut être déclarée dès lors que le musulman manifeste un doute sur une croyance qui a fait l’objet d’un consensus au sein de la communauté. Les versets coraniques indiquent que la peine qu’encourt l’apostat sera subie dans l’au-delà, àl’exception du verset qui affirme que « â€‰Dieu les châtiera d’un châtiment douloureux en ce monde et dans l’autre  » (s. 9, 74). Mais aucune indication sur la nature de la peine. C’est dans les dits du Prophète que se trouvent les textes les plus catégoriques en faveur d’une peine capitale. Les réformateurs soutiennent que nul châtiment n’est prescrit dans le Coran contre l’apostat, la peine capitale vient, selon eux, en contradiction avec le principe coranique selon lequel « â€‰il n’y a pas de contrainte en religion  » (sourate 2, 256).

(1) « â€‰Apostasie en islam. Vers la liberté religieuse  ?  », revue Esprit, 2015/11.

(1) Le 31 décembre 2014, sur le média citoyen en ligne Agora Vox.

(2) Revue Projet, n° 365, 2018)]