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Berlin années 1930-Ce que les diplomates savaient

lundi 20 septembre 2021, par siawi3

Source :https://www.lefigaro.fr/culture/berlin-annees-1930ce-que-les-diplomates-savaient-sur-france-5-20210919

Berlin années 1930-Ce que les diplomates savaient
dimanche sur France 5

Nicolas Barotte

19/09/2021 à 07:00

CRITIQUE - Le documentaire de Pierre-Olivier François montre que les ambassadeurs dans la capitale du Reich ont vite compris, sans être entendus par leurs pays, la vraie nature de Hitler. A ne pas manquer, ce dimanche 19 septembre à 22h40 sur France 5.

Personne ne pourra dire que nous n’avions pas été prévenus. Tout ou presque avait été dit dans les années 1930 par les ambassadeurs installés à Berlin et les commentateurs avisés du microcosme politique allemand. Il suffit de se replonger dans leurs dépêches secrètes et leurs écrits, certains retrouvés dans les décombres de 1945, d’autres dans des archives privées. C’est ce qu’ont fait le réalisateur Pierre-Olivier François et l’historien Jean-Marc Dreyfus dans leur saisissant documentaire Secrets d’ambassades, Berlin 1933-1939. Après avoir rencontré un fort écho en Allemagne sur l’ARD, le film est diffusé ce dimanche sur France 5. Il n’y est pas seulement question de la démission des démocraties et de l’inexorable marche vers la guerre - l’histoire est connue - mais de toutes les alertes adressées par ces vigies logées aux avant-postes.

Hitler « avait clairement le trac »

Le récit commence par la première rencontre des élites diplomatiques berlinoises avec le nouveau chancelier allemand. Nommé le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est le leader identifié de l’extrême droite mais un interlocuteur inconnu pour les capitales étrangères. Le 7 février 1933, il se plie à l’exercice des mondanités. Hitler « avait clairement le trac », commente Bella Fromm, journaliste juive, chroniqueuse mondaine et bien renseignée du Vossische Zeitung. Sa voix est l’un des fils conducteurs du film jusqu’à son départ lucide, douloureux et laborieux pour les États-Unis, afin d’échapper au pire, en 1938. Elle connaît tous les ambassadeurs installés dans la capitale allemande. Elle est l’amie et la confidente de ce petit monde qui ne compte pas plus de 200 personnes.

Les diplomates observent l’ascension du dictateur. L’ambassadeur de France, André François-Poncet, nommé en 1931, est lui aussi présent ce soir-là de février 1933. Adolf Hitler avait parfois « une lueur trouble » dans le regard, une façon de parler paysanne, écrit-il dans son compte rendu en comparant le chef du NSDAP à « un Mussolini de village ». Un an plus tard, les mots s’alourdissent. « Les Allemands nous haïssent et leur chef est complètement fou », écrit le diplomate français qui ne serait « pas surpris d’être abattu ». Jusqu’à son départ en 1938, ses alertes ne laissent aucun doute sur les intentions belliqueuses du régime.

La tragédie d’une époque

Nommé en 1933, l’ambassadeur américain, William Dodd, est un historien sans expérience diplomatique. Mais il lui faut peu de temps pour comprendre que la « bande » des nazis n’est « qu’une horde de criminels ». Le contraste est saisissant avec les aventures amoureuses de sa fille Martha, qui entretient une liaison avec le premier directeur de la Gestapo… Ses témoignages ont eux aussi été retrouvés. Sa vie, qu’elle poursuivra comme espionne au service des Soviétiques, mériterait elle aussi un film.

D’autres personnages éclairent la vie des ambassades sous le joug hitlérien. Il y a la gêne du diplomate italien, dont l’épouse est juive, la complaisance d’un ambassadeur britannique, soucieux de ménager Berlin, les avertissements d’un jeune conseiller de l’ambassade française, qui espionne le réarmement allemand et se désole de ne pas être entendu…

Avec des images et des commentaires rares, le documentaire relate la tragédie d’une époque où les diplomates de premier plan ne sont que des spectateurs. Le mélange d’impuissance et de lucidité sème le trouble. De soirées d’ambassadeurs en visites guidées officielles dans les palais nazis, avec leurs sources et leurs rencontres, les diplomates disposent de toutes les informations nécessaires pour saisir la brutalité irréversible du régime et son réarmement. Les ambassadeurs prennent des notes, font des rapports, parlent. Paris, Londres ou Washington les ont-ils lus et entendus ? Les secrets d’ambassade n’en étaient pas vraiment.