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Etel Adnan 1925-2021

dimanche 28 novembre 2021, par siawi3

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« Au-dessus de l’horizon, le rose est immatériel ;d essous, il est impalpable. J’ai parfois pris l’aube pour le crépuscule. » Au revoir, Etel Adnan​.

par Eva Kirilof

28.11.21

L’artiste et poétesse américano-libanaise nous a quittés le dimanche 14 novembre à l’âge de 96 ans. Au moment où je lis ces mots, la première chose qui me vient à l’esprit c’est la chaleur qui émane de ses paysages abstraits peints en aplat sur des toiles de petit format, puis l’image de la montagne apparaît. Le mont Tamalpais en Californie qui a tant compté pour elle et duquel elle dit : « À force de vivre dans ses parages et de l’étudier, la montagne est devenue un tout pour moi, une expérience mystique. Insaisissable mais par ailleurs très puissante. » La montagne devient un absolu, la peinture elle-même, et symbolise à merveille cette identité au croisement de différentes
cultures, continents, langues, et disciplines artistiques qui caractérisent la vie et l’œuvre d’Etel Adnan.

Etel Adnan a plus de 80 ans quand l’historienne de l’art et commissaire d’exposition Carolyn Christov-Bakargiev décide de lui offrir une place à Documenta 13 à Kassel (Allemagne), et ce n’est qu’autour de 2014 que des grandes institutions comme le Whitney Museum à New York commence à exposer son travail. Son art va peu à peu se réinscrire dans l’histoire de l’art grâce à cette mise en lumière tardive, et prendre la place qu’il mérite notamment au sein du mouvement abstrait. La trajectoire d’Adnan est un parfait exemple des mécanismes qui invisibilisent le travail et la production
intellectuelle des femmes, notamment en les excluant de nos récits alors qu’elles étaient présentes comme Etel en tout temps et en tout lieu pour révolutionner nos manières de voir et de penser. Féministe, lesbienne, militante pour la paix, arabe, Adnan nous parle avec une sagesse et une lucidité rare des mondes qu’elle habite, ce qui lui aura sûrement valu cette reconnaissance sur le tard.

Adnan est née en 1925 à Beyrouth, dans un Liban occupé par la France. Elle grandit en parlant le grec avec sa mère (Rosa Kadri) et le turc avec son père (Assaf Kadri, un haut gradé de l’armée de l’Empire ottoman) tout en étant scolarisée dans un institut littéraire francophone qui réprimande l’usage de la langue arabe :
« L’arabe avait une certaine aura à mes yeux parce qu’il était interdit dans les écoles françaises. Nous étions punis si nous le parlions. Et comme nous ne le pratiquions pas non plus chez moi, à la maison, je me suis retrouvée à la porte de cette langue. J’ai beau la parler dans la rue, je serais incapable de l’utiliser pour écrire un poème. Je l’ai donc érigée en mythe, ou en une sorte de paradis perdu, si vous voulez.