Subscribe to Secularism is a Womens Issue

Secularism is a Women’s Issue

Home > fundamentalism / shrinking secular space > Laïcité en France: Des dogmes inhumains en partage

Laïcité en France: Des dogmes inhumains en partage

Wednesday 8 December 2021, by siawi3

Source: http://www.creal76.fr/medias/files/combat-laique-n-83-decembre-2021.pdf#page=2

Combat Laïque 76 N° 83 - Décembre 2021 - page 4


Des dogmes inhumains en partage

Le dix huit octobre dernier, le Premier ministre J. Castex est allé en grande pompe à Rome célébrer le centenaire du rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège.

On pourrait déjà se poser la question de la légitimité de ces relations d’égal
à égal entre un État démocratique et républicain et une institution religieuse, même affublée de la qualité d’ « État ». N’y a-t-il pas là une attitude poli-
tique qui donne à la religion chrétienne un statut particulier, différent de celui des autres cultes ? N’est-ce pas une façon implicite de lui reconnaître un pouvoir séculier ?
Par ailleurs, n’est-ce pas pour le moins inconvenant au moment de la publication du rapport Sauvé sur les crimes sexuels dans l’Église ? Visiblement ces questionnements n’ont pas effleuré l’esprit du Premier ministre
quand il a rédigé son allocution, ou peut-être faudrait-il dire son homélie.

Il faudrait reprendre entièrement cette relecture de la construction de notre histoire résumée en une phrase : « L’Histoire de France, en tant que Nation naît à Reims, dans la cuve d’un baptistaire. » Les majuscules sont là
pour la forme, tant ce discours réduit notre identité nationale, multiple et sans cesse en construction, à son statut immémorial de « fille aînée de l’église ». J. Castex s’employant même à démontrer qu’elle n’a pas été si « turbulente » que ça !

Pas de mots trop élogieux pour vanter les qualités des chefs de l’Église catholique, « leur finesse, leur intelligence politique, leur hauteur de vue, leur profonde sagesse, leur bienveillance », et pour finir « leur sens de la mesure et de l’intérêt général ».

Au-delà de l’amnésie sur les crimes de l’Église catholique (inquisition, croisades, pédophilie, affaires financières, collaboration avec les nazis, etc.), au-delà de cette vision partisane de notre construction nationale, il y a là comme un terrible aveu dans la bouche du Premier ministre : ne comptez pas sur nous pour l’ « intérêt général ». C’est une idée qu’ E. Macron avait déjà développée devant la Conférence des évêques. La religion est irremplaçable pour offrir au milieu du chaos assourdissant de notre monde
moderne, ses précieuses litanies, sa rigueur morale et l’espoir éternel, quand le cynisme politique se consacre à la défense agressive du profit des plus riches : « coupée de ses ressources fraternelles, la politique est sans en-
trailles3 ».

Quand la peste du libéralisme ravage le monde quoi de plus utile qu’ « un Deus ex machina providentiel qui nous épargne la peine d’ausculter nos propres travers pour y observer la maladie dans son enfance2 ».

J. Castex a ajouté : « Le Christianisme est la religion de l’incarnation et donc d’un humanisme ». Si la grammaire a un sens, le « la » donne le la de la vision du Premier ministre. L’article défini assigne bien un rôle et une place particulière à la religion chrétienne, et s’oppose frontalement à notre loi de Séparation qui émancipe l’État de la tutelle de toutes les religions. Cette place particulière permet à la droite et à l’extrême droite en embuscade, d’affirmer que la religion musulmane, par opposition, ne serait pas compatible avec la République.

La quête individuelle qui nourrit la foi face à « l’abîme insondable qui sépare nos espoirs et nos questionnements du monde sourd et indifférent dans lequel nous vivons2 », ce doute existentiel face à l’absurde de notre
condition de mortels, sont partagés par les croyants et les athées.

La religion elle, a pour métier d’éliminer le doute qui est le creuset de notre humanité. Castex et Macron, fervents défenseurs de la célèbre antienne de M. Thatcher : « Il n’y a pas d’alternative » partagent cet amour du dogme.
« Les fanatiques qu’ils soient politiques ou religieux sont les rejetons de ce processus par lequel les individus se dépouillent de leur humanité pour ne devenir que le réceptacle d’une certitude tyrannique2. »

Avant de rassembler l’humanité, toutes les religions délimitent d’abord leur communauté et désignent ainsi avec une violence assumée, physique ou
morale, ceux et celles qui s’en tiennent écartés. Pendant le procès des
attentats du Bataclan, lors de l’audition des parties civiles, à une jeune
femme musulmane qui lui demandait pourquoi ils avaient assassiné sa
sœur, Salah Abdeslam a répondu : « Ce n’était pas volontaire. On ne voulait tuer que des mécréants5. »

Ne nous y trompons pas. L’extrême droite en campagne fait des racines
chrétiennes de la France un de ses hochets identitaires. Il y a derrière
cet étendard les mêmes promesses de violence, de censure, de remise
en question de la liberté de notre parole et de nos corps, les mêmes
haines irrationnelles.
Et s’il fallait invoquer l’Histoire, J. Castex aurait dû se souvenir qu’aucune guerre sur notre sol n’a égalé en horreur et en inhumanité les guerres de religion : « Ni la tolérance ni la laïcité ne sont des idées abstraites inventées par quelques esprits visionnaires. Elles s’enracinent dans un terreau de meurtre, de massacres, de souffrances. Si la France invente au XVIe siècle
une manière spécifique de gérer les rapports entre État et religion, c’est qu’elle a payé pour voir. On savait que les affrontements religieux, une fois
sortis de leur boîte de Pandore, étaient incontrôlables 4 . »

Notes:

1Toutes les citations de J. Castex sont extraites de son discours
consultable sur le site du Premier ministre
2 La petite fabrique de l’inhumain (Marylin Maeso)
3 Le courage de la nuance (Jean Birnbaum)
4 Edito des cahiers de Science & Vie, « Guerres de religion : de
l’intolérance à la laïcité » (Jean-François Mondot)
5 Charlie Hebdo n° 1529