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Les Créationnismes - une menace pour la société française ?

par Monique Vézinet

jeudi 11 septembre 2008

(publié dans la lettre 59 de l’UFAL, 9 septembre 2008)

Les créationnismes. Une menace pour la société française ? par Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau, Syllepse, 2008, 136 pages, 7 €.

En 1992, le philosophe Dominique Lecourt s’excusait dans la préface de son livre L’Amérique entre la Bible et Darwin, de s’immiscer dans une « affaire de famille » américaine… Aujourd’hui, il faut mesurer les progrès parcourus par l’idéologie créationniste et les formes plurielles et souvent masquées qu’elle prend chez nous. Le petit livre de ces deux scientifiques nous y aidera. Précis et descriptif, il accumule les citations, les références aux sites et débouche sur l’affirmation que la laïcité (sans adjectif) est en France le meilleur garde-fou envers les attaques contre la raison.

Au point de départ donc, les Etats-Unis, où à deux occasions importantes le 1er amendement de la Constitution fut utilisé par la justice pour faire échec à l’enseignement des thèses créationnistes : en 1982 au procès de Little Rock et à Dover en 2005. Entre ces deux dates, le mouvement se diversifie : s’affirmant « scientifique », un courant du créationnisme – soutenu par les fondamentalistes chrétiens, et par Bush – a pris le tournant du « dessein intelligent ».
En Europe, particulièrement bien implanté en Allemagne et en Grande-Bretagne, le mouvement alerte le Conseil de l’Europe qui parvient, malgré les pressions du Vatican, à voter en 2007 une résolution qui en dénonce les dangers.
Et puisque nous nous interrogeons ici sur les positions de Benoît XVI, attardons-nous sur les pages consacrées au Vatican : alors que Jean-Paul II a pu sembler admettre la théorie de l’évolution, Ratzinger fait donner son ancien étudiant Schönborn, cardinal de Vienne, contre le darwinisme et « les courants matérialistes de l’évolutionnisme idéologique qui remettent en cause la foi chrétienne en la Création ». Relevons l’affirmation d’après laquelle « la résurrection du Christ est le point d’arrivée de l’évolution »…

L’ouvrage détaille les origines du créationnisme en France à travers plusieurs associations proches du catholicisme depuis les années 70 et surtout, fondée en 1995, l’Université interdisciplinaire de Paris (UIP) qui réunit plusieurs scientifiques en poste, bénéficie d’appuis dans les médias (et de celui de Luc Ferry) et du financement de la fondation américaine Templeton. Dans la filiation de Theilard de Chardin, ces réseaux ont en commun de ne pas affronter la science mais de chercher à la redéfinir à la lumière de la « quête de sens ». Diffus, leur impact est difficile à apprécier. Ils croisent parfois les pas des Témoins de Jéhovah et de la Scientologie, des Orthodoxes de Russie et autres pays de l’Est, de certains musulmans ou encore de la « nébuleuse Yahya » (l’éditeur turc du luxueux Atlas de la Création envoyé dans les établissements français en 2007).

Pour éviter de leur ouvrir des portes, les auteurs concluent qu’il faut tout particulièrement veiller à ce que l’Etat ne se désengage pas de l’enseignement. J’ai particulièrement retenu ce propos d’un professeur SVT de lycée : « seul un enseignement de l’évolution accompagné (d’une) perspective épistémologique peut outiller les élèves intellectuellement. Ils peuvent ainsi se rendre compte de l’incurie du discours créationniste et comprendre que celui-ci est à l’opposé d’une démarche scientifique ». Education nationale, éducation populaire, laïcité, même combat !