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Afganistan : besoin d’une autre force politique, interethnique, démocratique et laïque

par Dr Abdullah Naibi

jeudi 11 septembre 2008, par siawi

(paru dans : L’Humanité, 30 aout 2008)

Le fait que la situation se dégrade de jour en jour en Afghanistan est reconnu unanimement. L’engagement de plus de 70 000 militaires de l’OTAN n’a apporté aucune solution aux problèmes mis en avant : le terrorisme, l’instabilité politique, la production et le trafic de l’opium.

Penser que la présence militaire étrangère est la cause de la détérioration de la situation depuis octobre 2001 ou imaginer qu’une solution militaire est possible, c’est poser des problèmes qui ne sont pas ceux de la réalité afghane !

Une analyse objective de celle-ci donne les raisons de l’échec de la stratégie actuelle.

La réalité est complexe. Trois points sont essentiels :

D’abord, l’absence d’un État centralisé.

Les groupes qui gouvernent en Afghanistan appartiennent tous aux factions des moudjahidin. Chacun, détenant une partie du pouvoir sur le territoire afghan, défend ses propres intérêts ethniques, linguistiques, religieux et régionaux. Objectivement, ils n’ont aucun intérêt à faciliter le processus de la construction d’un État fort, centralisé et démocratique qui les priverait du pillage du pays et du détournement de l’aide internationale. Ensuite, l’armée et la police afghanes, démantelées par Massoud en 1993, sont « reconstruites » sur la base des troupes paramilitaires des moudjahidin. Sans avoir acquis un caractère national, elles reproduisent en les élargissant les divergences politiques, ethniques et linguistiques des différentes factions des moudjahidin. Infiltrées par les taliban, les services pakistanais et iraniens, équipées et financées par l’OTAN, l’armée et la police sont désormais des sources potentielles d’une nouvelle guerre civile en Afghanistan. Enfin, l’ingérence du Pakistan est un élément déterminant. Affaiblir l’Afghanistan fait partie de la stratégie politique de l’État pakistanais. Tous les partis politiques du Pakistan ont poursuivi la même stratégie. Les taliban émanent de l’armée pakistanaise et en forment la « branche régionale ». Sans changement de la politique pakistanaise, pas de stabilité en Afghanistan et dans la région ! Les quelque 40 000 écoles coraniques où sont logés, nourris et « éduqués » près de 2 millions d’élèves, venus des couches défavorisées, sont des réserves inépuisables pour organiser et entretenir des « armées de taliban », des groupes terroristes et des kamikazes !

Le problème afghan est essentiellement un problème politique et non militaire.

Le pays a besoin d’une autre force politique, constituée sur une large base interethnique, démocratique et laïque, qui doit jouer le rôle d’un « facteur politique unificateur et stabilisateur » en vu de former un État national centralisé, fort et démocratique.

Les éléments pour former une telle force existent déjà.

Il existe actuellement plus de 30 organisations politiques démocratiques et progressistes. Les conditions défavorables d’émigration à l’étranger et la politique répressive et revancharde des tenants du pouvoir à Kaboul ralentissent le processus d’unification de ses organisations. Néanmoins elles travaillent pour fonder un grand parti démocratique qui deviendrait avec les autres forces démocratiques non djihadistes le moteur de la fondation d’un large mouvement démocratique, interethnique et laïque, capable de s’imposer démocratiquement à l’échelle nationale comme la force politique centralisatrice d’exercice du pouvoir. Ce mouvement pourra évoluer vers une organisation politico-militaire comme étape intermédiaire pour la mise en place des forces armées, piliers du futur État afghan. La séparation des deux composantes - politique et militaire - se fera dans un processus de la consolidation de la démocratie et la normalisation du fonctionnement des institutions - étatiques.

L’organisation d’un tel mouvement dépend essentiellement de la volonté de la communauté internationale.

Des dizaines de milliers de patriotes afghans, vivant dans des conditions misérables dans le pays ou dispersés dans le monde comme réfugiés politiques, sont prêts à se mettre au service du peuple afghan et de ce grand projet de reconstruction de l’État afghan.

[Dr Abdullah Naibi, président du Mouvement pour l’avenir de l’Afghanistan (Ayenda)]