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Tunisie : Sacrée Sharia ! Chaque fois qu’on la pousse par la porte, les islamistes la font revenir par la fenêtre !

samedi 30 novembre 2013, par siawi3

Source : http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/281113/tunisie-sacree-sharia-chaque-fois-qu-la-pousse-par-la-porte-les-islamistes-la-font-revenir-par-l

Tunisie : Sacrée Sharia ! Chaque fois qu’on la pousse par la porte, les islamistes la font revenir par la fenêtre ! (parties 1 et 2 / 4)

28 novembre 2013

Par salah horchani

Photo : Hamadi Jebali embrassant le front de Rached Ghannouchi, signe de sa totale loyauté, le jeudi 21 février 2013, lors de la réunion du Conseil de la choura d’Ennahdha.

Remarque préliminaire

Ce cri de colère, qui sera publié en quatre volets, est constitué de huit chapitres dont l’ordinal et l’intitulé de chacun sont mentionnés dans le Sommaire qui suit, avec, à chaque fois, la mention du Sommaire et les Liens des volets publiés.

Sommaire

1. La dialectique d’Ennahdha, parti islamiste tunisien au pouvoir, à propos de la Sharia

2. La Sharia est une œuvre humaine hautement fluctuante

3. Les premières annonces-programme des islamistes

4. Les tentatives avortées d’Ennahdha pour imposer la Sharia

5. Contrairement à certains pays, la Tunisie est inapte pour les Finances islamiques

6. Pour la nième fois, on a poussé la Sharia vers la porte, elle revient par la fenêtre déguisée, cette fois-ci, en Projets de loi

7. Quelques buts non avoués du rétablissement du régime des Habous

8. Le mot de la fin : pour mieux combattre la vague brune-verte, assimiler les ingrédients de sa stratégie

_____________________________

1. La dialectique d’Ennahdha, parti islamiste tunisien au pouvoir, à propos de la Sharia

Elle est superbement explicitée par la bouche de ses deux plus importants personnages, à savoir Rached Ghannouchi, Président-fondateur, idéologue et grand gourou du parti, et Hamadi Jebali, son secrétaire général et premier chef de gouvernement de l’ère islamiste en Tunisie.

Rached Ghannouchi a déclaré [1] :

« La lutte pour la liberté est seulement une étape pour appliquer la Sharia », credo du mouvement panislamiste des Frères musulmans, lancé par son fondateur Hassan Al-Banna.

Dans une interview accordée le 17 février 2011 à l’hebdomadaire tunisien Réalités [2], le futur premier ministre Hamadi Jebali a répondu, sans hésiter, « Non » à la question « Votre mouvement prône-t-il l’application de la Sharia ? » du journaliste, mais, en ajoutant :

« Pour nous les valeurs de liberté, d’égalité, de justice et des Droits de l’Homme sont l’expression même de l’application de la Sharia telle que nous la comprenons (…) Soyons clairs. Ennahdha n’autorisera pas l’illicite clairement édicté par Dieu et n’interdira pas le licite permis par Dieu lui-même, sinon nous ne serions plus un mouvement islamiste (…) Nous n’amenderons pas un texte divin dont le sens est clairement signifié (…)Nous croyons que l’origine de la Sharia est divine et nous ne pouvons pas penser que Dieu prescrive l’iniquité (…) Oui, Nous sommes tout d’abord avec les finalités et l’esprit de la Sharia, mais si le jugement divin est clairement signifié, nous ne pouvons pas l’abroger (…) Nous privilégions l’esprit de la Sharia, mais nous ne pouvons pas être contre sa lettre quand celle-ci est clairement exprimée dans les textes sacrés ».

2. La Sharia est une œuvre humaine hautement fluctuante

À lire ces professions de foi de ces deux éminents idéologues d’Ennahdha, le lecteur non averti croirait que la Sharia est un corpus des Saintes Écritures de l’Islam, alors qu’il n’en est rien.

Tout d’abord, le terme “Sharia ” apparaît dans tout le Coran une et une seule fois, plus précisément dans le Verset 18 de la Sourate 45, et ceci dans le sens de “Voie ”. Plus explicitement , ce Verset dit : “ ثُمَّ جَعَلْنَاكَ عَلَى شَرِيعَةٍ مِّنَ الْأَمْرِ ” (“Puis, Nous t’avons mis sur la Voie de l’ordre ”). Ensuite, ce que représente réellement la Sharia dans la tradition musulmane , c’est un ensemble de mesures juridiques fluctuant, dans l’espace et dans le temps, dont la conception, l’interprétation et les applications ne font pas l’unanimité, et ce, même au sein des pays qui ont adopté la Sharia comme mode de gouvernance, compte tenu du fait que toutes les questions juridiques, dans son cadre, relèvent de l’Ijtihad (l’Effort Spirituel Individuel), prescription qui prime sur toutes les autres dans le Coran, à tel point qu’elle peut être considérée comme étant le Sixième Pilier de l’Islam, étant donné que c’est la prescription la plus omniprésente, à travers diverses formes, dans le Livre Saint, dont l’importance, dans la vie du croyant, est justifiée par le fait qu’en Islam, il n’y a ni Concile, ni Autorité Pontificale, ni Clergé, ni…, et seul Dieu sonde les cœurs et est seul juge de la relation qui l’unit aux hommes.

Pour se convaincre de l’aspect fluctuant de la Sharia, il suffit de mentionner que pour les Sunnites, il existe quatre écoles juridiques qui ne s’accordent pas sur des points importants. Quant aux Shiites, il suffit de se rappeler du cas de l’Ayatollah Khomeiny qui a interdit le contrôle des naissances, au nom de la Sharia, au début de son pouvoir, et qu’il l’a légalisé, toujours au nom de la Sharia, à la veille de sa mort.

D’ailleurs, il n’a jamais existé de consensus autour de la définition et de la portée du terme Sharia et comme l’a noté Sadakat Kadri dans son Livre (« Heaven on Earth-A Journey Through Shari’a Law from the Deserts of Ancient Arabia to the Streets of the Modern Muslim World », Farrar, Straus and Giroux, New York, 2012), c’est le Sultan Mehmet II, que l’Histoire a retenu pour avoir conquis Constantinople en 1453, qui initia l’écriture du premier Code Juridique Islamique, basé sur la Sharia, c’est-à-dire huit siècles après l’avènement de l’Islam !

De plus, cette fluctuation apparaît clairement, par exemple, dans le paragraphe intitulé « Buts du message (divin) » du chapitre « Introduction aux buts de la Sharia » de l’ouvrage intitulé « Les Sciences de la Sharia pour les Economistes » [3], paragraphe dont on reproduit ci-dessous un extrait, où l’on trouve un point de vue actuel sur la Sharia cautionné par une autorité considérée, aujourd’hui, parmi les plus compétentes et les plus influentes en la matière :

« Buts du message (divin) : Appelés encore buts du texte (Maqsud an-Nass), ou buts des versets, ou buts du Hadith.

Cette terminologie est utilisée lorsque le texte légal contient deux sens : le sens visé et le sens non visé. Ce dernier pouvant être le sens apparent qui nécessite davantage de contemplation et de discernement. Mais en se référant aux présomptions de l’exégèse, on découvrira que le texte contient un sens autre que celui qui apparaît à première vue : on dira alors que le sens est ceci…ou que le sens du texte est comme suit…

Selon la nature du texte légal, on déterminera la prescription visée par celui-ci ainsi que le domaine d’application de cette prescription. Cela nous permet d’apprécier la raison inhérente à cette prescription et le but qu’elle cherche à atteindre ».

Est-il nécessaire de rappeler, dans ce contexte, les deux définitions des mots « exégèse » et « présomption » données par le dictionnaire Larousse :

- exégèse : explication philologique, historique ou doctrinale d’un texte obscur ou sujet à discussion ;

- présomption : jugement fondé non sur des preuves, mais sur des indices, des apparences, sur ce qui est probable sans être certain

En conséquence, il apparaît, d’après ce qui précède , que la Sharia est une œuvre purement humaine, hautement fluctuante, dont le terme qui la désigne est indéfinissable, constatation qui m’a conduit à affirmer que « La Sharia est obsolète » et inviter à sortir « l’Ijtihad des oubliettes », lui qui « fait de chaque croyant un potentiel exégète », pour le libérer de « sa pratique désuète », comme je le mentionne dans mon petit Poème intitulé « Ma Profession de Foi » [4].

Salah HORCHANI

[1] https://www.facebook.com/profile.php?id=854949538&ref=ts#!/photo.php?v=166058780150491

https://www.facebook.com/photo.php?v=166058780150491

[2] http://jamiatalhurriyat.org/blog/?p=328

[3] Actes de séminaire sur les « Sciences de la Chari’a pour les Economistes » organisé à Niamey, République du Niger, du 20 au 29 avril 1998 conjointement par l’Institut Islamique de Recherches et de Formation (IIRF), relevant de la Banque Islamique de Développement (BID), Djeddah, Royaume d’Arabie Saoudite et l’Université Islamique du Niger, Niamey, République du Niger

http://fr.scribd.com/doc/182467037/Sciences-de-La-Charia-Pour-Les-Economistes-Ppt

[4] http://www.legrandsoir.info/ma-profession-de-foi.html