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Amnon Kapeliouk, s’en va

Israël perd un de ses justes et la Palestine un ami

samedi 4 juillet 2009, par siawi

L’Humanité du 29 juin 2009

Amnon Kapeliouk, un ami précieux s’en va

Proche-Orient . Les obsèques du journaliste israélien, infatigable défenseur des droits nationaux du peuple palestinien, ont eu lieu hier à Jérusalem. Israël perd un de ses justes et la Palestine un ami.

C’est un homme et un journaliste hors du commun qui nous a quittés vendredi. Un ami aussi. Amnon Kapeliouk, journaliste au Yediot Aharonot, mais qui collabora aussi à l’AFP, au Monde et au Monde diplomatique, dont il était toujours le correspondant, est mort le 26 juin à Jérusalem des suites d’une opération subie il y a six semaines. Nos pensées vont à son épouse Olga, à ses deux filles et à ses petites-filles. Elles vont aussi à tous ses amis palestiniens, qu’ils vivent en Israël, en diaspora ou dans les territoires occupés et aux pacifistes et progressistes israéliens, aujourd’hui en deuil.

Enfant d’un milieu juif progressiste

Amnon Kapeliouk, né en 1931 dans ce qui était alors la Palestine sous mandat britannique, était fier de montrer le passeport sur lequel était mentionné comme pays de naissance « Palestine ». Enfant d’un milieu juif progressiste et ouvert sur le monde, il côtoie très jeune les Arabes de Palestine et apprend leur langue qu’il parlait aussi couramment que l’hébreu. Il fait des études de philosophie en France avec son épouse Olga, qui deviendra une remarquable linguiste mondialement connue. C’est ainsi qu’il obtient la nationalité française, ce qui lui permettra d’avoir accès à nombre de pays arabes où il effectuera des reportages exceptionnels dans la presse israélienne. Il travaille d’abord pour le journal de la gauche sioniste Al Hamishmar, puis pour le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot dont il sera un temps correspondant à Moscou.

Très engagé à gauche, proche des communistes, Amnon Kapeliouk est, comme son épouse, antisioniste et laïc convaincu. Opposé aux guerres successives d’Israël, il milite pour l’évacuation des territoires occupés et pour la création d’un État palestinien. Surtout, il est un partisan du dialogue israélo-palestinien et prend des risques à un moment où tout contact avec l’OLP est considéré par Israël comme un crime. En 1982, pendant l’invasion israélienne du Liban, il réussit à briser deux fois le siège de Beyrouth. La première fois, en juin, après avoir traversé le Sud-Liban dévasté derrière les chars de l’armée israélienne avec la correspondante de l’Humanité. Il a alors un rendez-vous avec Yasser Arafat que nous attendrons en vain dans un sous-sol de Beyrouth-Ouest. La deuxième fois, en août, où le chef de l’OLP est au rendez-vous et où Amnon Kapeliouk réalise une interview exceptionnelle de celui qu’Israël cherche par tous les moyens à abattre.

Les deux hommes deviendront amis et Amnon Kapeliouk sera là dans tous les grands moments : en 1988 à Alger quand l’OLP reconnaît l’État d’Israël et annonce la création d’un État palestinien sur la Cisjordanie et la bande de Gaza. Plus tard, après les accords d’Oslo, quand Arafat revenu en terre de Palestine s’installe à Gaza, puis à la Moukata de Ramallah où il est assiégé par son ennemi acharné Sharon et où il mourra en 2004. Quelques mois avant cette mort - dont Amnon pensait qu’elle avait été provoquée par un empoisonnement -, nous avions fait ensemble une dernière interview d’Arafat à la Moukata. Il mettait alors la dernière main à une importante biographie intitulée Arafat, l’irréductible (Éditions Fayard). Il était également l’auteur de plusieurs autres ouvrages dénonçant les crimes d’Israël. Citons notamment Sabra et Chatila, enquête sur un massacre (Éditions du Seuil, 1982), et Rabin, un assassinat politique (1996). Il y dénonçait la responsabilité de la droite ultranationaliste dans le meurtre de l’homme qui avait eu le courage de serrer la main du chef de l’OLP.

« invité de la semaine »

Amnon Kapeliouk était aussi, nous ne l’oublierons jamais, un grand ami de notre journal, notamment de Jacques Coubard avec qui il avait effectué des reportages. Il avait à plusieurs reprises participé à la Fête de l’Humanité, donné de nombreuses interviews et points de vue et accepté d’être notre « Invité de la semaine ». Israël perd un de ses justes. Et nous un ami précieux.

Françoise Germain-Robin